Café…

C’est d’abord l’odeur âcre de cette boisson d’aujourd’hui qui me vient à l’esprit. Ce café tout serré, tout tassé, avalé en vitesse, par habitude, pour conclure le repas. Celui-là qui est souvent autour de moi, je ne l’aime pas. Non, non. Il est dans l’air du temps pourtant. Un concentré, un instantané, vite préparé, vite avalé, vite passé.

Mais le café, pour moi, ce n’est pas vraiment celui-là. Le café, le vrai, c’est celui préparé à la cafetière qui crachote, qui bouillonne, et qui goutte à goutte libère la boisson un peu diluée, son brun un peu transparent. Celle-là me rappelle l’enfance, quand parfois je goûtais le bol de mes parents pour tenter de comprendre pourquoi ils aiment tant ça, toujours sans succès.

Ajoutez-y quelques gouttes de lait et soudain je me souviens. Cette odeur de matins pas bien réveillés, un peu douceâtre. Ces matins chaleureux et doux, dans la cuisine de Mamie. Un rayon de soleil en diagonale, et mon tonton Denis attablé devant son bol de café blond de lait. Ces souvenirs d’un temps passé qui ne reviendra pas, lui n’est plus là, elle est bien fatiguée, et moi je devrais être une grande fille désormais.

Le café au lait est pourtant  une ode à l’enfance, à ces temps d’insouciance. Le fabuleux breuvage des grands, qui parle de réveil et d’éveil. Sa chaleur comme une bulle de douceur. Le savant mélange du café un peu piquant et de la caresse blanche du lait. Il est le matin, il est l’instant suspendu avant de s’élancer. Un grand bol s’il-vous-plait, pour bien s’offrir le temps nécessaire pour émerger, pour calmement savourer.

C’est celui-là qui me parle, ce café d’autrefois, un peu démodé.Celui des weekends en France, encore aujourd’hui, du petit-déjeuner de mes parents, accompagnés de l’odeur alléchante d’un pain grillé et du beurre un peu fondu sitôt qu’il l’a recouvert. Une histoire de simplicité, de pas trop recherché. Ce café oublié, un peu déconnecté, loin de la modernité complexe qui décline les saveurs selon les humeurs.

Le café des adultes, l’expresso, ne m’intéresse pas. Trop vite, trop fort, trop vide pour moi. Mais l’odeur du café au lait m’offrira toujours cette enveloppe de douceur qui parle de parents, de famille, et de gens qui m’entourent et me protègent.

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Ce texte est ma première participation à l’album de senteurs de Marie, qui rêve en bleu lavande.

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