C’est une des interrogations actuelles. Comment faire apparaître les femmes dans le texte dans une langue où le masculin est la forme neutre. Dans mes lectures sur le web, dans ma vie quotidienne, je découvre de plus en plus ces formes de mots qui veulent révéler la diversité des genres de l’être humain dans la parole et dans l’écrit. Certaines surprennent, certaines paraissent évidentes, certaines étonnent et certaines il faut bien le dire dérangent.

Mon pays d’accueil m’a fait découvrir une forme décomplexée d’écriture et de parole inclusive. Le français y est moins régi par l’Académie française, plus libre et plus à l’écoute. Ainsi les discours des Suissesses et des Suisses s’adresseront aux auditrices et aux auditeurs, aux directrices et aux directeurs, aux lectrices et aux lecteurs. Si cette forme est parfois un peu lourde dans ses répétitions, elle a le mérite de rappeler cette diversité qui nous caractérise.

Quand une femme exerce un métier, quel qu’il soit, il est évident que ce terme sera au féminin. Si bien que des mots qui me surprenaient au début sont rentrés en peu de temps dans mon vocabulaire courant, et j’écris sans sourciller cheffe et professeure.

La généralisation des pronoms, des déterminants et des terminaisons est par contre plus complexe pour moi. Le celleux m’étonne toujours, mais il est presque joli. Par contre, l’inclusion de signes au milieu des mots me pose problème. Si lire un.e pourra passer , l’accumulation de points dans des mots me rend la lecture extrêmement difficile, car pour moi un point signifie une fin de phrase. Les signes de ponctuation sont normalement prévus pour souligner et rythmer la lecture, alors leur utilisation dérivée au milieu des mots me gène et perturbe ma lecture. J’ai lu récemment une phrase de 7 ou 8 mots (que je n’ai malheureusement plus en tête) dans laquelle quatre de ces mots étaient passés en écriture inclusive avec un ou plusieurs points. J’ai dû la relire trois fois pour comprendre. Vouloir inclure, c’est bien, mais je ne crois pas que cela doive se faire en perdant l’aisance de lecture.

Je serais curieuse de savoir comment ces formes complexes d’écriture affectent la lecture pour les personnes souffrant de dyslexie ou d’autres difficultés de lecture. Ecrire pour inclure est un beau choix, mais faut-il pour cela complexifier au point d’exclure de la lecture ceux qui ne peuvent ou ne veulent comprendre cet exercice de style? Quelle est la limite acceptable, entre représentativité et accessibilité d’un texte?

 

Il y a aussi certains mots, certains noms, c’est plus fort que moi, qui me dérangent encore au féminin. Écrivaine me surprend toujours, mais doucement je m’y habitue. Le mot qui ne passe pas, alors qu’il est apparemment sous sa forme exacte? Autrice. Il est tellement différent de ce dont j’ai l’habitude qu’il me perturbe et m’interroge. Mais est-ce vraiment un mauvaise chose? Il a au moins la vertu de relancer à chaque fois ma réflexion sur le choix des mots, sur la place des femmes, et sur ce vocabulaire que nous n’acceptons plus alors qu’il devrait nous être naturel.

Je crois que c’est là un rôle des plus intéressants de l’écriture inclusive. Elle dérange, elle surprend, alors elle provoque et surtout elle amène à réfléchir. Pourquoi écrit-on un mot de telle ou telle façon, pourquoi choisissons nous telle ou telle forme de féminin, pourquoi le masculin est-il la forme neutre par défaut? En cette journée du droit des femmes, elle rappelle qu’il nous reste encore bien du chemin à parcourir vers l’égalité.

Je mesure d’autant plus ce chemin que je me suis vue reprocher d’avoir laisser une forme d’écriture inclusive dans un texte que j’avais préparé, ma cheffe me demandant de corriger la « coquille » sur le « un.e ». Il apparaît ainsi que pour beaucoup, la question n’existe même pas, et cette forme d’écriture est inconnue.

Il faut d’ailleurs l’avouer, je n’y suis pas forcément très attentive quand j’écris. L’écriture inclusive se décline aussi sous tant de formes que je ne saurais laquelle choisir. Mais peut-être faut-il simplement que j’y prête un peu attention pour corriger mes formulations, qui pas à pas trouveront leur place dans mes mots comme une évidence.

N’oublions pas qu’il y a derrière l’écriture inclusive une vraie réflexion. Cette écriture peut ainsi se faire outil d’inclusion, ou porteuse de provocation. Aujourd’hui, elle n’est pas naturelle pour beaucoup, et cela en dit beaucoup. À nous de semer des petits cailloux dans nos écrits pour que le français de demain soit un peu plus féminin.

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