« Vous n’aurez pas ma haine ». Cette phrase résonne en moi depuis quelques jours. Cette phrase, c’est Etienne Cardiles qui l’a prononcée dans son hommage à son compagnon Xavier Jugélé. Cette phrase, c’est Antoine Leiris qui l’a écrite après la mort de son épouse au Bataclan.

Cette phrase nous parle de résilience, d’amour de l’autre envers et contre tout, de volonté de résister à ceux qui veulent nous désunir.

Elle résonne en moi ces derniers jours tant elle fait écho à cette campagne présidentielle et aux réactions exécrables qui viennent de toutes part.

La haine, c’est la raison pour laquelle je refuse le FN. Un parti qui cristallise les peurs en une haine de l’étranger, qui fonde toute sa réflexion sur cette idéologie du rejet de l’autre.

Mais la haine, c’est aussi la raison pour laquelle je refuse Mélenchon. Parce que sous ses idées qui prônent le changement, un changement qui pourrait m’attirer, je sens aussi un socle de haine. Pas la haine de l’étranger cette fois, mais la haine de celui qui a de l’argent. La haine du riche, de celui qui a un peu plus que moi, la haine du patron.

Mais le patron pour moi, c’est surtout l’un des ces petits chefs d’entreprises qui connait le prénom de chacun de ses salariés, qui a peur à chaque fois qu’il fait les comptes en se demandant s’il va pouvoir réussir à les payer ce mois-ci et qui prend un coup au cœur à chaque fois que l’un d’entre eux parle des patrons comme de profiteurs.

Dans les extrêmes je vois ainsi la force de la haine, sous des formes différentes.La haine de l’autre comme source d’union, le « pas eux » pour renforcer le « nous ».

Tous deux n’auront pas ma haine, alors ils n’auront pas ma voix.

Cette haine pourtant, je la sens déferler sur moi, jour après jour, puante et nauséabonde.

La haine de l’étranger aujourd’hui banalisée, vulgarisée et légitimée par les idées du FHaine.

Et puis cette haine plus insidieuse, qui veut nous faire croire que le candidat « du système » est le plus odieux des deux, que parce qu’il a travaillé dans une banque il est devenu un monstre inacceptable, bien plus inacceptable que celle qui a le rejet pour seule ligne conductrice.

Il y a cette haine qui me blesse profondément, cette haine des français envers les autres français. Cette haine qui veut nous faire croire que l’autre est un con fini, un abruti illettré, un idiot à insulter, juste parce qu’il a fait un choix différent de soi, un choix qui ne nous plait pas.

J’ai fait un choix réfléchi, en mon âme et conscience, après avoir longtemps hésité, et je ne le regrette pas. Je suis heureuse de ne pas faire partie de ceux qui prenne prétexte à la différence pour agresser.

Les mots qui déferlent pourtant, un peu plus chaque jour, me blessent doucement mais durablement. Alors c’est ça ma France?

Dimanche soir en voyant les résultats, je n’avais pas peur. Pas de grande surprise, mais une solution qui me convenait bien, car j’étais heureuse de ne pas avoir à choisir entre deux extrêmes qui m’effraient.

Aujourd’hui la peur monte doucement. Quand je lis bien plus souvent des insultes sur un candidat qui prône l’unité que pour une candidate qui prêche le rejet de la diversité. Je ne veux pas y croire, mais, et si toute cette haine y réussissait? Et si elle passait?

Je garde pourtant toujours en moi une forme de naïveté, celle de vouloir croire en le meilleur chez autrui, celle de vouloir croire au respect et à l’acceptation.

Alors, comme ces hommes dont j’admire la force de résistance, à ma petite échelle, je préserve cela.

Peu m’importe comment vous voudriez la diriger, vous n’aurez pas ma haine.

 

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