Ou la victoire du racisme décomplexé

Hier soir, 20 h : soulagement. La France n’a pas encore oublié qu’elle a gravé fraternité sur le fronton de ses mairies. Oui, mais…

Je ne peux que m’interroger sur les cicatrices que va laisser cette campagne. J’entendais hier après-midi à la radio suisse : « Le FN a déjà gagné, il a imposé ses thématiques dans la campagne ». Et aujourd’hui je ressens cette trace dans les réactions de mes CONcitoyens.

Aujourd’hui, ce n’est plus le programme qui est jugé ou considéré, seulement la personne qui est attaquée. Aujourd’hui, plutôt que d’accepter qu’en démocratie nos choix ne sont pas ceux de tous, certains jouent des noms d’oiseaux envers ceux qui ont voté pour Macron.

Et puis surtout, surtout, aujourd’hui, nombreux sont ceux qui clament fièrement leur haine de l’autre. Être raciste n’est plus honteux, c’est devenu à la mode. Il faut être fier de rejeter l’autre parce qu’il n’y a pas de drapeau bleu-blanc-rouge sur ses papiers ou pas de porc dans son assiette.

Le raciste d’aujourd’hui est décomplexé, il s’affiche, assuré, drapé dans ses certitudes et prenant de haut celui qui parle de respect et d’humanité.

Et cela, ça m’effraie. J’ai peur de voir cette France qui exprime sa douleur en crachant le rejet. J’ai peur du chemin que nous empruntons désormais.

Car pourrons-nous les faire changer, ces gens qui se sont refermés sur une image de la France inhospitalière? Où serons-nous dans cinq ans? Comment faire pour que le scénario de cette campagne ne répète pas?

Aujourd’hui, le FN parle de ses électeurs comme des « patriotes », comme si tous les autres français n’avaient aucun amour pour leur patrie.

Que ce discours de diabolisation de l’autre soit devenu banal, voilà ce qui m’effraie. Que tant de mes compatriotes soient sensibles au positionnement de Marine Le Pen, à sa façon d’attaquer l’autre plutôt que de proposer des solutions, à cette agressivité qu’elle utilise comme argument de campagne, cela m’inquiète. Que tant d’entre eux reprennent ce schéma de comportement me dépasse et me blesse en même temps.

Marine Le Pen a-t-elle vraiment perdu hier? J’en n’en suis pas si sûre. Elle a blessé la France en son cœur, en bafouant ses valeurs, en se comportant comme une mégère haineuse. Elle a décomplexé le racisme en montrant qu’il peut atteindre le palier des plus hautes marches.

J’ai peur de tous ceux qui voient le monde comme elle et le crient haut et fort. Ceux-là ne changeront probablement pas, et j’ai peur de leurs actions à venir.

Nous n’avons pas fini de sentir les conséquences de cette campagne, et le combat sera rude pour redonner à la France son unité. S’il est un vainqueur dans cette campagne, c’est peut-être bien ce racisme qui peut désormais s’exposer légitimement au grand jour.

Mais je veux garder l’idée d’une France bienveillante, et je lui resterai fidèle. Car cette victoire n’est que celle d’une bataille, et j’ai l’espoir de retrouver un France plus belle.

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